« J’ai fait un pacte avec le diable, j’ai tout accepté : m’éloigner de ma famille, ne jamais tomber amoureux… » Johann Zarco emploie ces mots dans sa biographie, « La victoire et le pardon », pour raconter le prix qu’il estime avoir payé dans sa quête du succès.
Dans une période où certaines biographies se limitent à célébrer leur protagoniste, le livre de Zarco se place dans le sillage d’« Open », l’ouvrage d’Andre Agassi dont le succès a notamment reposé sur ce choix de montrer aussi les aspects moins flatteurs d’un parcours. Écrite par Michel Turco, journaliste qui suit le MotoGP depuis des décennies et connaît le pilote depuis 2007, la biographie du Français de Cannes est mise en vente ce jour. Elle dépasse le simple récit de la carrière du compétiteur de 36 ans.
Zarco y revient sur les sacrifices consentis pour parvenir au succès. Le texte présenté sur la couverture donne le ton : il raconte qu’à 17 ans, il voulait vivre et respirer moto, attentif à chaque mot de Laurent Fellon. Il dit avoir accepté de s’éloigner de sa famille et de ses amis, de ne jamais tomber amoureux, de se méfier de certaines personnes tout en accordant sa confiance à d’autres, avec l’idée de devenir un guerrier.
Le pilote parle ici de son ancien manager et mentor, Laurent Fellon, dont il suivait les méthodes peu orthodoxes, présentées comme nécessaires pour atteindre la victoire. Zarco explique avoir obéi jusqu’au succès, en restant loyal et en ignorant la paranoïa de celui qui l’a façonné comme pilote. Il dit ensuite avoir compris qu’il devait rompre ce cycle et reconquérir une liberté dont il se sentait privé.
La séparation avec Laurent Fellon a été, selon ses mots, aussi violente que leur relation avait été tumultueuse. Se reconstruire n’a pas été simple. Mais, alors que la fin de sa carrière se rapproche, Zarco assure ne plus nourrir de rancune. Il raconte avoir accordé son pardon à Fellon, sans savoir si celui-ci en avait besoin, mais en estimant avoir gagné la paix à laquelle il aspire comme homme libre.
Cette volonté de raconter sans masquer les difficultés éclaire le titre même de l’ouvrage. Zarco y évoque une forme de réconciliation finale après les disputes et la rupture avec son ancien mentor : le pardon. La couverture du livre constitue déjà, selon le récit, un signal clair de cette démarche.
Dans l’épilogue, Zarco explique que son objectif ne se limite pas à témoigner ou à laisser l’héritage qu’un sportif souhaiterait conserver au terme de sa carrière. Il dit avoir accepté de raconter son histoire après avoir été convaincu par Michel Turco qu’elle pourrait inspirer d’autres personnes et donner du courage à celles qui osent croire et rêver.
Le Français espère surtout que les jeunes pourront y puiser la même intensité de rêve qui l’a porté. Il rappelle être entré dans le motocyclisme au sein d’une famille totalement étrangère à cet univers, lorsque son père l’a conduit à ses premières compétitions. Personne, affirme-t-il, ne pouvait alors imaginer où cette aventure le mènerait. Zarco attribue son succès à sa conviction et à sa persévérance face aux obstacles, tout en reconnaissant que le chemin n’a pas été facile.
Le récit aborde également son accident de Barcelone en 2026 et les doutes qu’il a suscités. Il rapporte qu’une grave blessure au genou l’a éloigné des pistes pendant des semaines. Zarco y explique avoir commencé l’année avec la ferme intention de ne pas reproduire les erreurs commises lors de la seconde moitié du championnat 2025, après s’être trop frustré à la suite de sa victoire au Mans.
Après un début de saison difficile, il raconte avoir retrouvé sa forme depuis le Grand Prix des États-Unis. Une chute en course, suivie de son retour sur la moto, aurait constitué un déclic. Le récit mentionne ensuite un solide départ depuis la première ligne à Jerez, puis de bonnes performances en qualifications le vendredi du Grand Prix de France. À Barcelone, il était encore parmi les cinq premiers lorsque tout a changé. Face à ce revers, Zarco dit chercher le positif dans ce repos forcé, qui lui offre du temps pour réfléchir et mieux se préparer.
Cette pause contraste avec son fonctionnement habituel. Même pendant la trêve hivernale, son esprit ne se déconnectait jamais totalement, explique-t-il. Dès la fin d’une saison, il se replongeait dans un projet ou dans la recherche de performance.
Zarco donne enfin des indications sur son avenir. Contraint de s’arrêter, il estime que ce repos devrait lui permettre de revenir plus fort. Jusqu’ici, il envisageait 2027 comme sa dernière saison en MotoGP, mais il ne ferme désormais aucune porte. Les nouvelles motos, les nouveaux règlements et les nouveaux pneus pourraient, selon lui, rebattre les cartes du prochain championnat. Il se dit aussi très curieux de voir ce que Honda préparera.
Il précise ne pas penser au Superbike : lorsqu’il quittera le MotoGP, ce ne sera pas pour retrouver un championnat avec la même intensité et le même calendrier. L’endurance l’attire davantage. Après un premier aperçu à Suzuka, qu’il dit avoir beaucoup apprécié, il se projette volontiers dans une équipe et dans la lutte pour un autre titre mondial. Avant cela, Zarco assure avoir encore quelques chapitres à écrire en MotoGP.
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