« J’aimerais créer une école de trial avec des filles. » Berta Abellán, double championne de TrialGP, place ce projet au cœur de ses ambitions hors compétition. La pilote de Barcelone, née en 1999, est restée fidèle à une discipline qu’elle a découverte à quatre ans, inspirée notamment par Laia Sanz.
Abellán explique que son premier souvenir remonte au motoclub La clau, aux côtés de son père. Elle se revoit sur une Boy de 50 cc, derrière lui, lors de sorties qui ressemblaient à des excursions, même si elle précise s’appuyer peut-être sur une vidéo qu’elle a beaucoup regardée. Son père, amateur de trial sans avoir concouru, avait d’abord appris à rouler à sa sœur, qui n’avait pas accroché, avant de lui transmettre à elle cette passion.
La pilote ne saurait pas exactement expliquer pourquoi le trial lui a plu. Elle avance que cette discipline est sans doute la plus accessible parmi les sports mécaniques et qu’elle correspondait aussi aux goûts de son père. « C’est le sport que j’ai toujours eu dans le sang, celui que j’ai le plus pratiqué », affirme-t-elle. Elle a essayé une fois l’enduro et l’a trouvé très plaisant, mais préfère le calme et l’exigence technique du trial, où la concentration lui permet d’oublier tout le reste.
Elle ne situe pas précisément le moment où elle a compris qu’elle pouvait aller loin. Elle se souvient toutefois de ses podiums dans les championnats d’Espagne, puis de son sacre européen en 2018. Cette victoire lui a fait entrevoir des possibilités, avec l’arrivée de soutiens et la perspective de poursuivre sans que ses parents n’aient autant à financer son parcours, jusqu’au Mondial.
Son modèle reste Laia Sanz. Abellán la présente comme une référence absolue, son idole depuis l’enfance, et comme celle qui a montré aux autres femmes le sacrifice requis par ce sport. Elle admire sa persévérance et son tempérament de combattante. Lors du retour de Sanz au Mondial en 2021, Abellán a partagé quelques entraînements avec elle et dit avoir été frappée par son état d’esprit, au point de vouloir posséder un jour la même force mentale.
L’enduro l’attire également, mais Abellán ne veut pas précipiter ce passage. Elle dit devoir d’abord trouver une situation stable, se sentir bien, puis essayer l’enduro à la fin d’une saison. Si l’expérience lui plaît et qu’elle en a la possibilité, elle aimerait tenter une course, mais ne projette pour l’instant que cette discipline. Elle souligne aussi que Laia Sanz réussit dans tout ce qu’elle entreprend, là où elle-même dit ne pas savoir si ce sera son cas.
Son deuxième titre de TrialGP avait, selon elle, une dimension de confirmation. « C’était un peu mon intention », reconnaît-elle. Elle assure pourtant que ce succès n’a rien eu d’évident, malgré ceux qui la disaient très au-dessus du lot. Elle estime même que ce deuxième sacre lui a coûté davantage que le premier, car le niveau augmente et les concurrentes se rapprochent. À ses yeux, il a validé son premier titre.
La double championne indique pouvoir aujourd’hui vivre de son activité grâce à ses partenaires, particulièrement IATI, son principal sponsor. Gagner des courses lui permet de gagner sa vie, sans comparaison, précise-t-elle, avec les revenus d’un footballeur. Elle se dit surtout très chanceuse de pouvoir concourir et exercer le métier dont elle rêvait. Elle ajoute ne pas gagner autant que beaucoup d’autres sportifs, mais apprécie de pouvoir s’entraîner quotidiennement et se préparer dans les meilleures conditions. Scorpa, sa marque de moto, lui apporte également un soutien important, sans qu’elle ait, selon ses mots, à se préoccuper de sa machine.
Abellán porte le même regard admiratif sur Toni Bou. Elle salue son travail, sa persévérance et sa motivation, estimant qu’il aborde chaque titre comme le premier, se bat jusqu’au bout et célèbre chaque succès avec la même intensité. Elle insiste aussi sur son humilité et sur sa façon de traiter tout le monde de la même manière, le qualifiant de « 10 sur 10 » comme personne et comme pilote. Elle considère qu’il peut viser 50 titres et affirme que ses performances, même lorsqu’il est blessé, donnent une idée de son potentiel sans blessure.
La question de la visibilité du trial féminin est, pour Abellán, simple : elle réclame la même exposition que pour les hommes. « Puisque c’est difficile pour tout le monde, au moins que ce soit égal », explique-t-elle. Elle estime que lorsqu’un pilote bénéficie de visibilité, les femmes doivent aussi en bénéficier.
Elle cite l’indoor comme un levier majeur. Cette année, il n’y a eu qu’une épreuve, alors que ce format permettrait, selon elle, d’atteindre des publics que l’outdoor touche rarement. Elle souhaiterait davantage de rendez-vous indoor. À Barcelone, où une épreuve féminine se tient avec le X-Trial masculin, la formule fonctionne très bien, affirme-t-elle. Voir aussi des femmes à moto franchir des obstacles peut compter pour une jeune fille présente dans les tribunes, même si Abellán souligne que les niveaux ne sont pas directement comparables.
Elle observe une différence nette entre les cinq ou six meilleurs pilotes mondiaux et les cinq ou six meilleures pilotes, notamment parce que les hommes disposent de nombreuses catégories intermédiaires. Mais elle insiste sur l’essentiel : les femmes sont présentes. Elle juge qu’il serait très difficile d’atteindre un jour le niveau masculin, les parcours ayant longtemps été différents, sans que cela enlève quoi que ce soit à cette présence.
Dans cette logique, Abellán participe à des épreuves appelées Woman’s trial. Le concept consiste à installer cinq zones dans une ville et à réunir quatre ou cinq des meilleures mondiales, ou des pilotes sélectionnées, devant un public qui peut généralement assister gratuitement au spectacle. Une étape a eu lieu en Italie et une autre devrait probablement se dérouler au Japon l’année prochaine. L’objectif est de toucher davantage de monde.
Abellán évolue aussi dans une catégorie mixte du championnat de France. Elle y affronte 13 garçons, avec une autre fille engagée, et affirme occuper la deuxième place cette année.
Son projet d’école pourrait voir le jour à Terrassa. Si elle doit faire quelque chose pour le trial, elle veut le rapprocher de la ville afin de le rendre plus pratique, surtout pour les parents. Beaucoup de personnes ne s’y essaient pas parce qu’elles ignorent où aller ou parce que les zones sont trop éloignées et imposent remorque ou fourgon pour transporter les motos, explique-t-elle. Son idée est de proposer dans sa ville ce que fait le motoclub Cent Peus, près de Barcelone : un lieu complet où elle pourrait transmettre son expérience à tous ceux qui souhaitent découvrir le trial.
Abellán a également réagi à une publicité avec l’actrice Sydney Sweeney, qu’elle dit avoir mal vécue, comme beaucoup d’autres sportives. Elle estime que le sport a accompli un important travail pour changer la perception des femmes et regrette qu’une telle campagne apparaisse en 2026, tout comme les commentaires qui l’ont entourée. Sans vouloir lui accorder trop d’importance ni juger les choix de l’actrice, elle dit ressentir de la colère et de l’impuissance face à une vision qui réduit encore les femmes à l’image ou à la provocation dans les sports mécaniques.
Elle rappelle au contraire que le niveau du trial féminin progresse fortement et que les femmes sont de plus en plus fortes. Pour elle, l’image importe peu face à la pratique. « C’est assez triste, mais c’est aussi la réalité », constate-t-elle.
Ce qui la retient dans le trial demeure pourtant intact : elle le trouve beau à pratiquer comme à regarder. Elle admire aussi bien Toni Bou, Jaime Busto que les jeunes filles qui s’entraînent à León, pour leur niveau, leur technique et leur façon de franchir les pierres. Elle apprécie l’ambiance, l’entraide et une rivalité qu’elle juge saine, dans un sport où l’on se mesure aussi à soi-même et où gagne celle ou celui qui a été le meilleur. Elle ajoute que le trial est très complet : rouler renforce déjà le corps, même si elle va aussi à la salle pour se sentir mieux sur la moto.
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